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Témoignage de Jean-Philippe Charrier

ARIIS, favoriser la synergie entre les différentes filières de la santé

Jean-Philippe Charrier,
Chercheur senior
bioMérieux

Après une formation d’ingénieur en génie biologique puis un DEA, vous vous êtes rapidement orienté vers le monde industriel. Cette orientation s’est-elle faite naturellement ?

Oui. De fait, ma formation est essentiellement liée au monde industriel. Qu’il s’agisse de mon cursus d’ingénieur ou, plus tard, lors de mon DEA, j’ai été amené à travailler sur des projets industriels, en lien avec le monde de l’entreprise.

bioMérieux est reconnu pour sa capacité d’innovation. Selon vous quel rôle jouent l’interaction, les partenariats que vous avez avec la recherche académique dans cette capacité ?

L’interaction entre la recherche académique et la recherche privée est fondamentale. Il s’agit de l’une des clés de notre capacité d’innovation, la seconde étant d’associer étroitement les cliniciens à ces partenariats. En tant que chercheurs exerçant dans une entreprise de diagnostic, nous avons pour mission d’améliorer la prise en charge des patients en permettant aux biologistes d’apporter des réponses plus rapides et plus ciblées aux cliniciens..

D’une façon plus générale, pensez-vous que les industries de santé doivent se rapprocher de la recherche académique ? Si oui, quels sont les principaux apports de ces rapprochements ?

Si je pense aux liens que nous avons avec l’Université de Lyon, les HCL, le CEA ou encore l’Institut Pasteur, il est évident que les industries de santé doivent se rapprocher de la recherche académique. Ces partenariats sont à l’origine de recherches collaboratives qui concourent à l’élaboration de produits innovants au service des patients.

Lorsque je parle de « recherche collaborative » ou de « partenariat », c’est pour souligner l’importance que j’accorde à l’échange réciproque entre partenaires. Un partenariat peut naître de notre propre initiative car nous recherchons une compétence particulière au sein d’un laboratoire académique, laboratoire que nous apprenons à connaître lors des différents congrès scientifiques auxquels nous assistons ; il peut aussi être suscité directement par une équipe de recherche publique qui nous contacte dans le cadre de ses travaux.  Dans les deux cas, l’échange doit être « réciproque ». Nous avons chacun à apprendre de l’autre et à nous enrichir mutuellement.

Aujourd’hui en France, les échanges et les premiers regards entre la recherche académique et la recherche industrielle ne sont pas toujours aussi spontanés et naturels qu’ils le sont aux Etats-Unis. Certaines équipes  sont encore frileuses par manque d’habitude de la collaboration public – privé. Il est donc important, essentiel, de bâtir des liens de confiance et de proximité avec les chercheurs académiques pour nouer de réels partenariats.

Il s’agit pour chacun de comprendre l’autre, ses spécificités et ses contraintes, notamment en termes de valorisation scientifique et industrielle. A condition de veiller à la propriété indutrielle, il est généralement possible de publier les fruits de la collaboration.

Co-fertiliser les raisonnements et les pensées permet de transformer une simple idée en une idée excellente, porteuse d’avenir. Les partenariats public – privé, fondés sur un lien de confiance et de proximité, sont donc fondamentaux.

La proximité géographique, notamment dans le cadre de Lyonbiopôle, favorise les échanges et les liens entre académiques et industriels. bioMérieux a aussi su développer des liens forts en Allemagne, aux Etats-Unis, en Chine… Pour ces partenariats distants, quels sont les points clés de la réussite ? Ou dit différemment, si vous deviez donner un ou deux conseils à une PME de Santé française pour nouer de véritables partenariats à l’international quels seraient-ils ?

La réussite des partenariats internationaux repose sur les mêmes fondamentaux que les partenariats français : proximité et confiance. Malgré la distance, la proximité doit exister et ce d’autant plus qu’à la distance peuvent s’ajouter les barrières linguistiques et culturelles.

Aujourd’hui, même si les nouvelles technologies de la communication permettent d’abolir les frontières, il est essentiel de conserver un contact physique, d’aller à la rencontre des chercheurs. La recherche est un acte de création et d’innovation. En ce sens, les partenariats de recherche favorisent l’échange et la relation humaine au sens large et le plus noble du terme.

Pour les PME, je pense qu’il est important qu’elles s’engagent dans la création de liens forts et durables, reposant donc sur la confiance et la proximité. Elles doivent pouvoir missionner un collaborateur sur une période longue, supérieure à quelques semaines, voire délocaliser un chercheur pour 6 mois à 1 an. De plus, il faut que cette personne puisse s’adapter aux codes culturels du pays afin de comprendre ses interlocuteurs et être comprise. Cela ne s’apprend pas, c’est une question d’immersion.

ARIIS, en tant qu’Alliance multisectorielle des industries de santé, représente une passerelle entre la recherche académique et la recherche industrielle. D’après votre expertise, quelle valeur ajoutée peut-elle, doit-elle apporter dans la chaîne de valeur allant de la recherche à l’innovation ?

Ce qui est important, c’est de favoriser les liens entre chercheurs académiques et industriels. Il est nécessaire de créer et multiplier les « besoins de contact » tels qu’ils existent aujourd’hui dans les appels à projet de l’ANR, de l’INCa ou certains projets européens. Ces projets pour être recevables, doivent intégrer des partenaires académiques et privés. ARIIS pourrait également avoir un rôle de communication et de pédagogie vers la recherche académique pour, non seulement démystifier le monde industriel mais également faire connaître ses spécificités, telles que la propriété industrielle. Ce rôle pourrait s’exercer tout aussi bien auprès des étudiants que des enseignants-chercheurs ou des cliniciens. Faciliter les ponts entre public et privé passe aussi par expliquer nos métiers.

Un autre enjeu pour l’ARIIS serait de favoriser la synergie entre les différentes filières de la santé, entre l’industrie du diagnostic par exemple et celle des vaccins, de l’imagerie, des dispositifs médicaux ou encore de la santé animale. C’est ce rapprochement entre industriels, au-delà de celui de l’industrie et de l’académie, qui peut représenter pour les PME une réelle opportunité et une voie de développement.

Enfin, je dirais que pour des entreprises de santé, telle bioMérieux, où l’innovation est au cœur de la stratégie, il ne faut jamais oublier que l’objectif est la qualité de la prise en charge du patient. D’où l’importance d’une relation claire et forte entre recherche académique, recherche privée et cliniciens. De fait, nous travaillons, grâce aux cliniciens et aux patients, et nous ne devons jamais oublier l’engagement moral qui nous lie à eux. La recherche, industrielle ou académique, est une activité pour le bien commun, pour la communauté où l’humain est important et au cœur des préoccupations.

Etre innovant, être chercheur, c’est imaginer le monde de demain et surtout le construire, le faire émerger, voilà ce qui nous motive en tant que chercheurs à bioMérieux et ce qui rend notre métier exaltant.

Jean-Philippe Charrier
Chercheur senior en charge de la recherche et de la validation de biomarqueurs par analyse protéomique
bioMérieux